Angola

Posted on Monday, 28th April, 2008

 

 

V Éme Amostra Internationale D´Arte Des Approches Esthetiques Á Visage Humain

  

 

Véritable fête plantée dans un environnement pluri – artistique, le vernissage du « Salon de Mars » a été,  agréablement, marquée par un tour de chant de Tonicha Miranda, un passage de déclamation de poèmes de Zulini Bumba, la prestation de pièces de théâtre de groupes Mona Muazanga et Uachala – Uachala sous une ardente animation de l´Ensemble de Percussion Féminine du Complexe Culturel de la Celamar.

 

Sous un management presque indépendant, le centre  artistique du frontispice de la capitale angolaise, ayant reçu, en Décembre dernier, une encourageante bourse, bien méritée, du Ministère de la Culture , le rendez-vous de cette année a permis la sélection d´une soixantaine d´œuvres dans des domaines d´exercice aussi  divers que les attendus peinture á l´huile, l´application acrylique et le façonnage sculptural.

 

L´on a, naturellement, admiré des propositions issues des disciplines, traditionnellement plus féminines, telles que le tissage, la céramique, la couture et la bijouterie.

 

EMERAUDES

L´une des principales tendances qui s´est confirmée, dans l´Amostra, fait enregistré également dans l´ensemble de la créativité plastique mondiale  contemporaine, est le recours á des procédés complémentaires de finition esthétique, les très prisées techniques mixtes.

 

L´expo de la rue Mortala Mohamed a présenté, á ce niveau, deux entrées esthétiques majeures, les avant-gardistes installations et l´élémentaire mais étonnante photographie « sténopé ».

 

Les œuvres issues de la peinture – émulsion, nettement majoritaires ont été produites, sur divers supports tels  que la toile, le pagne, le bois ou bénéficié des adjonctions hybrides.

 

Elles ont été produites par la volontariste Yana Van Dunem, la jeune Nair Vieira Dias, la très professionnelle exilée á Stockholm, néanmoins sur les pas de retour dans sa Benguela familiale, Carla Peairo, la deuxième émigrée, celle-ci, installée á Lusaka, la très endogène Leopoldina Etossi, l´adroite Madalena Coelho, la « Lé », la très soigneuse Julia Varela Pinto, Manuela Soares Dos Santos et l´attentive vénézuélienne et bolivarienne Neisa Guerra.

 

L´estimable peinture á l´huile sur toile a été mise en relief grâce aux tableaux de la posée Clara Monteiro et á la perfectionniste Marisa dos Santos de l´Angola, la prolifique nord-américaine Gabriela D´Arlach et l´imprévue australienne Stephane Sheppard.

Soucieuses d´originalité dans les effets visuels, certaines plasticiennes ont opté pour l´huile sur bois á l´image de la courageuse Elisabeth Bondo, qui a goûté aux rudes écoles hollandaises d´art.

 

D´autres ont choisi l´huile sur papier á l´instar des suédoises Sonja Alvaern Skaug ou Anita Ornberg Svenson, qui se sont distinguées par leur haute finesse picturale.

 

ALCOVE

La brave Ana Suzana, la bien surnommée Kiana, a démontré, une fois encore, l´étendue de son talent par des agencements sculpturaux en ciment blanc. 

 

Les disciplines « féminines » ont été revalorisées par la génitrice de la galerie îlienne, Marcela Costa, en plein summum de son habileté á tisser ; la vétérane Laly Salvador, pédagogue, devenue,  la « britannique » Helga Gomboa, bel exemple de la régénération contemporaine de la vieille céramique bantu ; les dés « afritudiens » de Tabita Zau et de la zimbabwéenne Maria Soko ; la énième Nzinga, celle-ci, Dos Santos, maîtresse – bijoutière, qui a reçu le renfort brillant de Henda Traça, une habituée de l´Amostra, la Reine angolaise des Emeraudes, mais aussi celui de l´incontournable décoratrice d´alcôve Verena Alexandre Goias, façonneuse sur cire, et de la séduisante décoratrice Luisa da Silva. 

 

Le public a aussi noté dans ces branches d´exercice plastique, les propositions d´accessoires de confort sur pagne de Margarida Paulo Nkai. Cette matière de résultat, forcément noble, arrêtera, sans nul doute, la collante invasion du très dépouillé port féminin brésilien.

 

L´on a, inévitablement, remarqué dans le circuit de l´expo, la grande fille, venue de l´infernale Région des Grands Lacs, Immaculée Sahaha, qui s´est prise de passion artistique pour la restitution de répliques, en miniatures, des vénérables « bessanganas » de Xi a Loanda.

 

L´ensemble de ces voies esthétiques, qui a offert de véritables chefs d´œuvre, a permis aux feminas d´aborder, dans des courageuses expressions réalistes ou dans un symbolisme faussement naïf, un large éventail de thèmes, des plus classiques aux plus socialement cruciaux.

 

Elles ont ainsi mis en exergue – donneuses de vie et d´amour oblige ! - l´origine de l´étonnant ordre de l´univers, la nature dans sa réconfortante douceur, leurs perceptions particulières de l´existence, leurs déceptions, leurs espérances et leurs auto – représentations.

 

TENDANCE ICHTYOLOGIQUE

L´on inclura, dans ce registre, le vase superbement décoré de Helga Gomboa, intitulé « Maternité », le triptyque « Genèse » de Carla Peairo et son malicieux diptyque « Welwitschia mirabilis », les tableaux post-contemporains de Fineza Teta sur sa nature morte, les acryliques de la spirituelle Neisa , « Cycles de vie » et «  Prospection », les reconstitutions, en suspension de tendance ichtyologique de la biologiste serbe Virnojic Mirjana, la « Miga »,  et, enfin, la composition mixte « Orvet » de la malgache Marie Gisèle, et, enfin, les divins cumulus de la parfaite britannique Elisabeth Bourne.

 

Les indélébiles traditions, deuxième grand axe de l´Amostra, ont été rappelées dans leurs composantes anthropologiques, pictographiques ou chorégraphiques.

 

Les œuvres « Tocador de batuque », de Paula Weba, « Bailarinas » de Marisa dos Santos, “ Ao ritmo frenetico” e “ Mai banza” da Kiana ; la remarquable série septuor d´idéogrammes sur sol inspirés de l´Orient angolais de Skaug et la charmante « mwana pwo » de Virginia Romao se classent dans ce champ thématique. S´y emboîtent également les toiles de Patricia Carla Cardoso.

 

Les lancinantes difficultés sociales qu´affrontent les enfants et les femmes, héritage du lourd conflit qui a assommé l´Angola post – indépendante se sont, normalement, reflété dans les œuvres présentées au Salon.

 

L´on y a retrouvé les collages sur céramique de pénibles images de femmes lâchement mutilées, l´installation d´un inquiétant fauteuil roulant, les inlassables « kitandeiras » , les intrépides commerçantes ambulantes et l´angoissante ivresse adolescente des jeunes citadins angolais. L´on relèvera, parmi les œuvres, qui se sont distinguées dans ce poignant rendu social, l´effrayante « Explosion III » de l´engagée Gamboa, « Femme et enfant » de Sheppard,  et « Furie de jeunesse » de Yana.

L´un des secteurs ayant bien visiblement souffert des combats, devenus fratricides, est celui de l´héroïque  parc immobilier national.

 

Un sixain de jeunes filles photographes, bien amatrices mais initiées á une technique á grands effets, Samungole, Sandra, Victoria, Carla, Luisa et Madalena, ont restitué les dommages causés sur certains édifices non encore restaurés de la solide capitale angolaise.

 

Sao Paulo de Assumpçao des Axiloanda a attiré, une fois encore, la palette alter mondialiste de la brésilienne Andrea Barth, qui a recomposé ses géométriques, mais bien inconfortables, musseques (bidonvilles) en se rappelant les favelas de sa grande jumelle, la Sao Paulo outre – Atlantique.

 

CONCLUSION

La  cinquième Amostra  d´Arte Mulher, véritable déploiement des talents artistiques, a permis de certifier, une fois encore, l´impressionnante montée de la créativité plastique au féminin en Angola.

 

A l´image de leurs collègues de l´autre genre, elles se sont engagées dans une véritable recherche technique toujours plus convaincante et dans une affirmation thématique plus osée.

 

Aujourd´hui, le rapport entre genres établi confirme, comme ailleurs dans le monde et dans l´univers de l´art contemporain, une nette tendance égalisatrice. 

 

Mais, comme cela s´est avéré dans la galerie de l´inspiratrice île, cette fécondité artistique présente, naturellement, des spécificités ; qui constituent, á n´en point douter, une réconfortante garantie á la salvatrice diversité du panorama d´un art national angolais ou mondial, qui affiche, de plus en plus, et phagocytairement,  une propension vers l´uniformisation.

 

 

Simão SOUINDOULA

Historien et critique d´art

 

 

 

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